Touche-à-tout historique, des sociétés secrètes aux morts violentes et mystérieuses, Bruno Fuligni nous propose avec ce Monde secret des espions de revisiter un imaginaire qui s’est créé à partir d’innovations réelles. Cinq parties viennent structurer ces cinquante objets ou types d’objet, et l’immersion est assez rapide avec « Chiffre et déchiffrement », de loin la plus intéressante des parties (y compris lorsqu’il raconte le code secret entre le romancier Pierre Louÿs et son frère, ambassadeur en Russie). On y découvre l’importance du codage des missives dès l’Antiquité, et des instruments telle la scytale imposent le respect (sans compter les codes à plusieurs niveaux). Les maîtres espions rivalisaient à l’époque d’ingéniosité. Et ils ont réussi plus ou moins à transmettre cette ingéniosité jusqu’à la fin de la Guerre Froide (on appréciera au passage l’importance même aujourd’hui du pigeon voyageur). On regrettera que Bruno Fuligni s’attarde trop longuement sur la période du XXe siècle, même si elle semble et de loin la plus foisonnante et innovante, au détriment des autres (on aurait aimé avoir plus d’objets comme cette chevalière du colonel Passy, même si cette dernière date de la Seconde Guerre mondiale, elle fait surgir un autre imaginaire).
Donc, le livre, ou catalogue, qui comporte des « objets issus des collections de la DGSE » s’attarde longuement et à répétition sur la Seconde Guerre mondiale (hormis la fameuse Enigma, on aura le droit aux cartes sur des foulards de soie, qui peuvent être pliées sans bruit et enterrées sans détérioration, on aura aussi le droit à la technologie « Wel » – Welrod et Welback -, issue de la même entreprise britannique qui propose entre autres une mobylette pétaradante pliable), puis logiquement et par extension sur la Guerre Froide (on admirera cette valise en bois qui permet de transporter un photocopieur). Le catalogue peut parfois sembler un peu fourre-tout puisqu’il propose à la fois de l’équipement utile pour les espions (avec une définition large de l’espion comme la topette, ce détecteur de câbles), des goodies pour les professionnels (le mug qui ne quitte pas l’agence) et pour le quidam (des timbres de propagande des espions russes). Mais Bruno Fuligni amène quelques informations peut-être pas inédites mais bien distillées (comme lorsqu’il explicite quelque peu le sacrifice de Mata-Hari à travers la mort d’une agente britannique en Belgique). Malgré quelques redites dans le corps du texte, le talent de Bruno Fuligni est bien là : c’est un raconteur d’histoires et c’est bien la réussite de cet ouvrage : ses textes viennent illustrer les illustrations avec talent. Un ouvrage pour le commun des mortels qui souhaitent se confronter à cet imaginaire bien réel et collectif (avec également un besoin pour les Services Secrets de susciter des vocations (un programme digne du challenge coin y est présenté). Et tout avec avec le strass de James Bond !