Nous retrouvons le quatrième volume de la série des Chroniques de la Place carrée, de Tristan Saule, qui ont pour décor une banlieue ordinaire d’une ville ordinaire. Dans ce volet, nous allons faire la connaissance de Sabrina qui est Atsem (un acronyme pour Agents Spécialisés des Écoles Maternelles) dans son quartier et qui a du mal avec ses enfants et sa mère. Mais Sabrina a un grand cœur. Aussi, quand elle rencontre Iryna, une Ukrainienne qui tente de fuir des proxénètes qui la destinent plus à la prostitution qu’à une vie d’exilée de guerre, elle décide de la prendre sous son aile, le temps qu’elle se retourne. Mais quand deux Slaves commencent à se balader dans la cité à la recherche d’une Ukrainienne et que les dealers locaux risquent de la balancer pour retrouver la paix (et gagner quelques euros), il faut agir vite. Et que faire lorsque Iryna est enlevée ?
Certes, Tristan Saule joue avec l’intrigue, mais encore plus avec ses personnages. Il décrit plus particulièrement avec soin comment les personnages féminins peuvent prendre en main leur destin. Le roman noir est le décor avec son lot de personnages criminels (ici, entre autres, un tueur qui espère une forme de rédemption) mais qui surtout s’intéresse aux gens ordinaires avec le quotidien de la vie dans les banlieues, les petits accommodements avec la vérité, avec la coexistence nécessaire. La fuite de l’Ukrainienne Iryna, les tentatives pour la sauver sont présentés avec réalisme, avec les difficultés des gens qui ne sont pas dans le monde criminel. Face à eux, la violence subie, qu’elle soit d’organisations criminelles (qui pratiquent le darwinisme entre elles) ou de gens « ordinaires » qui se croient un pouvoir sur plus faibles qu’eux, est au cœur d’Et puis on aura vu la mer. Un roman qui continue une série en nous montrant l’envers du décor, c’est-à-dire, en nous présentant les victimes de cette guerre de classe qui laisse souvent les honnêtes et petites gens coincés entre une administration peu protectrice et une violence acceptée ou tue car très quotidienne. Une série publiée au départ au Quartanier, un éditeur intéressant, et qui par cette version en poche trouvera sans doute un nouveau lectorat. Ce qui est une bonne nouvelle car Tristan Saule est un sacré bon auteur.